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La saga de l'électronique en Trégor

 

De façon inattendue, c’est dans la région rurale de Lannion que se produisent les plus grands bouleversements économiques des années 1950-1970. L’action d’un haut fonctionnaire des Postes et Télécommunications, Pierre Marzin, va marquer le Trégor et la Bretagne, C’est une étape majeure dans la décentralisation de l’industrie de l’électronique et dans la politique française d’aménagement du territoire.

 

 

L’impulsion de Pierre Marzin

 

Dès 1950, le premier « central téléphonique rural automatique intégral » (SRCT) est installé à Perros-Guirec. Trébeurden et Lannion sont ensuite équipés. Dès 1954, Lannion voit l’installation du premier « central téléphonique électronique intégral ».

 

Derrière ces installations, un haut fonctionnaire breton, Pierre Marzin (1905-1994), fils d’un mécanicien agricole de Lannion, né en 1905, polytechnicien, diplômé de l’École nationale des télécommunications, directeur des recherches et du contrôle technique des PTT dans les années 1930. En 1954, il devient directeur national du Centre national d’études des télécommunications.

 

Dès 1955, Trébeurden bénéficie de l’installation d’une entreprise fabriquant des ballons-sondes pour la météorologie. Elle produit des fournitures en matière plastique et de la mécanique de précision pour l’électronique. Il s’agit de la première activité en lien avec l’électronique en Bretagne.

 

Ouvrières de l’électronique. A partir de 1963, la SLE (société lannionnaise d'électronique), du groupe CGE, s'installe dans le Trégor et y développe des unités de production liés essentiellement au développement du téléphone. Cela fournit du travail à beaucoup de jeunes femmes, à Lannion puis à Tréguier. Ces emplois sont supprimés au cours des années 1980 - Coll. Louis-Claude Duchesne.

 

Décentralisation

 

En juin 1955, une commission rédige, à la demande du gouvernement Edgar Faure, un rapport précis sur les sites des établissements publics de la région parisienne susceptibles d’être décentralisés en province. Seules les PTT (Postes, Télégraphe, Téléphone) répondent favorablement. En novembre 1956, un rapport sur la décentralisation administrative propose plusieurs déconcentrations de services de l’État, mais la plupart des responsables concernés affirment que le maintien en région parisienne est indispensable. « Un seul haut fonctionnaire a montré de la bonne volonté, un seul a dit oui, Pierre Marzin, directeur du Cnet », déclare René Pléven, président du Comité d’études et de liaison des intérêts bretons (Célib), et aussi président du Conseil général des Côtes-du-Nord, ancien président du Conseil, fréquemment ministre.

 

Pierre Marzin confirme : « La région lannionaise convient bien au projet » et l’on parle d’une première tranche : un laboratoire de 500 chercheurs. L’aérodrome de Lannion-Servel, à quelques mètres des terrains envisagés pour l’installation du Cnet, constitue un argument essentiel pour des transports rapides de personnes et de matériel. « Automatiquement, les usines suivront », ajoute le Trégorrois.

 

Les communes concernées créent un syndicat pour aménager les espaces industriels et de recherche. Le 8 septembre 1960, le président de Gaulle visite le centre de recherches en cours d’installation et déclare : « Je viens de voir les prodromes de ce Cnet qui est certainement, ou qui va être chez vous, une des plus belles choses au monde et qui va certainement transformer sensiblement la figure et la nature de votre ville et de votre région. Bien sûr, vous garderez vos traditions ». Il conclut : « La Bretagne doit avancer et la France doit l’y aider. »

 

Montée en puissance

 

En janvier 1961, le premier bâtiment est achevé. Quelques mois après surviennent les décisions d’implantation des premières usines privées : SLE-Citerel, LMT-Thomson, LTT, etc. La SLE devient CIT-Alcatel en 1974, productrice du commutateur téléphonique E10, à la suite de la mise au point par le Cnet d’un système de commutation téléphonique temporel. Combinant recherche et production, Lannion accueille des unités de fabrication (lignes téléphoniques, câbles, matériel de commutation), devenant la capitale bretonne de l’électronique et des télécommunications, avec 5000 emplois directs dans un rayon de 8 km autour du Cnet et de l’aéroport.

 

La même année, la petite sous-préfecture et les quatre communes voisines décident de fusionner, ce qui donne à la nouvelle commune plus d’espace et de moyens financiers. Prise en fin de IVe République, appliquée sous la Ve, la décision de décentraliser le Cnet a permis l’installation à Pleumeur-Bodou du Centre Technique Spatial avec le radôme – un projet américain ! – puis d’autres antennes pour les liaisons transcontinentales de téléphonie et d’images de télévision.

 

En 1963, on inaugure le premier laboratoire du Cnet de Lannion ainsi que les premiers laboratoires de la Société lannionnaise d’électronique (groupe CGE). En 1966, le Centre de météorologie spatiale (CMS) s’installe. Des services suivent : formation des personnels, gestion des pensions des PTT, précoces décentralisations tertiaires. Le canton de Lannion gagne 3 000 habitants en 6 ans. De 1965 à 1975, le Cnet est une locomotive pour plusieurs vagues de décentralisation d’unités de fabrication dans une quinzaine de villes bretonnes : Guingamp, Morlaix, Tréguier, mais aussi Brest, Dinard, Rennes et Orvault.

 

Visite du président de Gaulle. En octobre 1962, le président de Gaulle rend visite au CNET. Il est reçu par Pierre Marzin, directeur, et principal acteur du projet réussi de décentralisation de la recherche, et par l'avocat Henri Blandin, maire de Lannion depuis mai 1961, partenaire actif du projet au niveau municipal - Coll. Louis-Claude Duchesne

 

Débuts de la numérisation

 

Parallèlement, la grande aventure de la téléphonie numérique, initiée par le Cnet-Lannion, aboutit dès 1970 à la mise en service du premier central numérique de Perros-Guirec, suivi par la numérisation en 1972 de tout le Trégor-Goëlo, premier territoire mondial numérisé, grâce à une coopération entre l’organisme public et une filiale de la CGE (Compagnie générale d’électricité), la future Alcatel. 

 

Cette réussite a stimulé le développement d’un fort pôle de recherche à Rennes et la création d’une école supérieure des télécoms à Brest. Enfin, la synergie des actions menées par Pierre Marzin, devenu, à la fin de 1967, directeur général des télécommunications, et par le Celib, a permis, en 1969, le lancement du « Plan téléphonique breton », qui a permis un rattrapage en 5 ans.

 

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  • Pays du Trégor-Goëlo
  • Lannion

Jean-Jacques Monnier
31/01/2017